Espagne: La jeunesse espagnole bouleversera-t-elle l’Europe?
L’Espagne s’apprête à se rendre aux urnes dans les prochains jours pour un scrutin aux enjeux essentiels pour l’Europe.
En effet, une victoire du socialiste José Luiz Zapatero, conduirait à une situation inédite sur la scène européenne en offrant à celui-ci une place incontestée de la gauche européenne. Depuis le retrait de Schröder et surtout Tony Blair, le leadership de la gauche européenne est rentré dans une période de latence. L’hésitation s’est faite sentir entre Prodi et Zapatero. Mais l’échec du premier en Italie à laisser la place libre au premier ministre espagnol.
Aussi, en cas de nouvelle victoire de Zapatero aux prochaines élections, celui-ci devrait prendre le leadership de la gauche européenne. Et ce faisant le rôle de principal leader européen tout court. Car en face la droite européenne est en pleine crise de leadership. Angela Merkel est fragilisée en Allemagne et les sorties de Nicolas Sarkozy sur la scène européenne (négociations peu appréciées avec les frères Kaczynski, critiques permanentes de Bruxelles dès qu’un problème se pose sur la scène française, critiques à l’égard de la BCE) l’ont profondément décrédibilisé auprès des autres leaders de la droite européenne. Sa dernière chance de s’imposer en Europe serait d’organiser une réforme profonde de la PAC dans un sens qui provoquerait le déblocage de l’épineux problème du budget européen. Mais ses dernières déclarations, confirmées et accentuées au Salon de l’Agriculture ne vont pas dans ce sens: le Président français souhaite effectivement une réforme profonde de la PAC, mais dans un sens qui soit favorable aux seuls intérêts français au détriment des intérêts des autres pays européens. Pire, en cas d’échec de l’adoption du mini-traité européen qui l’a conduit à se “coucher” devant les deux frères polonais peu avant leur déroute électorale, pourrait tout simplement l’éliminer de la scène européenne. D’une cela signifierait qu’il n’a pas été capable de suffisamment d’écoute de ces partenaires européens, et d’autre part, il lui faudra alors faire front à une forte contestation en France où il a décidé de faire adopter ce traité par voie parlementaire au détriment d’un référendum qui aurait été plus logique suite au rejet du précédent projet par le peuple français. En cas d’échec de l’adoption du nouveau mini-traité, le Président français aurait alors à répondre de ce déni de démocratie qui n’aura servi à rien et risque de lui couter cher dans ses propres rangs. Et cette hypothèse est plus que probable (notamment en Irlande). Dès lors, la droite européenne devrait continuer à se déchirer, la situation risquant même de s’empirer.
Dans ce contexte, une nouvelle victoire de Zapatero lui confèrerait le très enviable poste de “Premire leader européen”. Et à l’Espagne un rôle qu’elle n’a plus tenu depuis longtemps (deux siècles au moins).
C’est là un autre enjeu et non des moindre de cette élection. L’Espagne a enfin tourné la page de la dictature franquiste, malgré les dernières frasques de l’Eglise catholique dans le soutien qu’elle a apporté à d’anciens criminels et tortionnaires. Mais derrière ces conflits toujours prégnants dans la société espagnole, l’Espagne a réussi à rejoindre le wagon de tête de l’Europe en termes économiques. Certes, deux éléments font encore tâche d’huile (la consommation hors-norme de drogues dures et l’importance de l’économie souterraine qui continue de représenter 20% du PIB) et la croissance espagnole devrait logiquement ralentir son rattrapage étant achevé. Mais l’Espagne conserve de très bonnes armes. Notamment la possibilité de modifier facilement sa politique migratoire et ses réserves budgétaires. De plus, l’envolée des économies sud-amériaines renforcent et continueront de renforcer l’importance de l’Espagne sur la scène internationale. Enfin, en matière économique, le secteur des Hautes Technologies, devrait offrir à l’économie espagnole un relais salutaire. A l’heure actuelle, l’investissement des entreprises du secteur demeure relativement minable à 1,2% du PIB, faisant de l’Espagne un cancre en matière de nouvelles technologies, mais les grandes entreprises semblent vouloir faire enfin ancrer leur pays dans la High-Tech. Juste à temps pour remplacer le désormais en voie de consolidation secteur de l’immobilier.
Ce double phénomène s’il se produit, ie cette combinaison d’une Espagne redevenue forte avec à sa tête un leader qui serait en même temps le leader de l’Europe, conduirait à une situation inédite en Europe. Pour la première fois de sa jeune histoire, les moteurs européens ne seraient plus la France et l’Allemagne, mais l’Espagne avec probablement un second moteur en la personne de l’Irlande. Et cela, je l’espère devrait relancer fortement la dynamique de construction européenne. Mais il faudra pour cela, que les espagnols eux-mêmes prennent conscience de leur nouvelle importance sur la scène internationale et cessent de regarder vers leur passé franquiste. Rien n’est moins sûr tant l’Espagne a, par le passé, raté de nombreuses occasions de briller alors qu’elle en avait l’opportunité historique.
Toutefois, pour l’heure ce scénario dépend surtout des élections législatives qui se tiendront le 9 mars, “conjointement” avec les municipales et les cantonales françaises (un dimanche de rêve en quelque sorte). Et si l’issue générale du scrutin ne fait plus guère de doute, le PSOE étant plus à même de s’allier avec les catalans (CiU et ERC) que le PP de Rajoy, et donc de conserver le gouvernement, l’ampleur de la victoire demeure incertaine.
En la matière le scrutin s’annonce relativement clair sur la plupart des couches de la population. Sauf une qui sera déterminante. Il s’agit en effet de la jeunesse. Celle-ci se revendique très majoritairement de gauche. Mais le danger qui menace Zapatero est le rsque abstentionniste de cet électorat “insouciant”. Si la jeunesse espagnole se mobilise elle pourrait donner au PSOE et à Zapatero une très confortable majorité, voire dans le cas le plus extrême, mais improbable, la majorité absolue. Dans le cas contraire, elle fragilisera son actuel et probable futur Premier ministre, et l’empêchera ou en tout cas lui nuira, dans sa capacité à prendre le leadership européen, et avec celui-ci un éventuel leadership (toujours soumis à une prise de conscience du nouveau rôle de l’Espagne par son peuple) de l’Espagne en Europe.
C’est donc la question que je me pose ce soir: la jeunesse espagnole bouleversera-t-elle l’Europe? Et si oui, le reste de son pays la suivra-t-elle?
Je suis impatient d’être au 9 mars au soir….