[Mobuzz spéciale] Découverte de Mobuzz Part IV : Blutch avait raison
Un sujet fâchant
Trois semaines plus tard, nous étions le 30 novembre.
Osiris présente un nouveau projet de « Passeport Safe Sex » sur Internet. L’idée des porteurs de ce projet est de faciliter les rencontres sur le Web en attribuant aux utilisateurs des sites de rencontres un certificat prouvant qu’ils ne sont pas porteurs de MST.
Cette info me fait bondir, me met simplement hors de moi.
Genèse d’une réaction
J’ai en effet toujours gardé en moi une phrase d’une intelligence rare, surtout venant d’un chanteur populaire.
J’ai en effet vu, il y a quelques années une interview de Michael Stipes, le chanteur de REM. C’était en 2001 à l’occasion de la sortie du formidable album Reveal (qui comprend l’exceptionnel I’ll Take The Rain). La journaliste s’étonnait que Stipe soit encore en vie car en 1991, lors de la sortie du cultissime « Out of Time » (l’album des transcendants « Losing My Religion » et « Shiny Happy People »), la rumeur journalistique avait colporté que le chanteur avait contracté le SIDA.
Dix ans après son état aurait donc dû sensiblement se dégrader, voire sa vie aurait due s’être achevée. Mais rien. Michael Stipe était en pleine forme et avait même trouvé l’énergie de produire ses premiers films « Velvet Goldmine » en 1998 et « Dans la peau de John Malkovich » en 1999.
La journaliste lui demanda donc pourquoi il n’avait pas cherché à mettre fin à cette rumeur dix ans plus tôt.
La réponse de Stipe fut sans équivoque : « Les personnes atteintes du SIDA ne sont pas des monstres. Par respect, il n’y a aucune raison de s’en démarquer ».
Cette réponse cinglante m’a toujours marqué.
Grandissant et entrant dans la vie professionnelle, cette phrase est venue peu à peu se mélanger dans ma réflexion lorsque je me suis confronté à l’apprentissage du secret médical en entreprise.
Mon médecin m’a appris l’importance de me taire et de ne pas dévoiler les maladies dont je souffrais en cas d’absence au travail. Car qui reconnaît avoir eu une simple grippe permet à ses supérieurs de savoir que ceux qui refusent de dévoiler leur maladie sont probablement atteints d’une maladie grave qui posera potentiellement des problèmes à l’entreprise. Ceux-ci souhaiteront alors se débarrasser de l’individu « à risques » fragilisant davantage une personne déjà affaiblie par le destin. Qui a vu et voit chaque jour l’essentiel de ses proches confrontés à une si injuste situation comprend aisément de quoi je parle.
C’est donc à une question d’ordre moral que j’étais confronté.
Un choix clair et marqué entre deux formes de solidarité : la solidarité verticale et la solidarité horizontale.
Une réflexion se théorise
La solidarité horizontale consiste à s’entre aider entre semblables, entre personnes ayant les mêmes intérêts. Dans le cas du show de Mobuzz, entre personnes bien portantes se distribuant des certificats de bonne santé.
La solidarité verticale elle est tout autre. Il s’agit de tendre la main à plus faible que soi. A prendre en compte l’intérêt de plus faible que soi avant le sien propre, comprenant que la morale impose la supériorité de l’un sur l’autre. L’attitude de Stipe à cet égard est un modèle du genre. En refusant de nier porter une maladie qu’on lui attribuait, il a protégé les droits de plus faibles que lui. Un modèle que la vie m’a appris à respecter et que j’ai longtemps espéré avoir l’occasion de suivre.
L’occasion était trop belle
Le sujet du 30 novembre était cette occasion, le stimulus qui a déclenché une réaction épidermique de ma part. Enfin j’allais pouvoir utiliser cette réflexion que j’avais longtemps préparée dans ma tête.
Je suis donc passé à l’offensive en condamnant cette rupture du secret médical induite par le projet présenté. Et j’en profitais aussitôt pour attaquer la présentation du show, déçu que Mobuzz « qui exprime souvent une opinion n’ait pas abordé cet aspect des choses ».
Ce jour-là il n’y avait pas que la présentatrice qui était belle. L’occasion l’était aussi.
Un duel se prépare
Quelques heures plus tard, une certaine Osiris me répond et me dit qu’elle ne partage pas mon avis car « rien n’est obligatoire ».
A l’époque je n’avais pas percuté que cette Osiris qui se permettait de me répondre – non mais vraiment pour qui se prenait-elle pour oser me répondre ? – était la même que celle qui présentait le show (c’est vous dire à quel point mon travail d’évaluation du site était efficace….).
Ni une, ni deux, je prépare ma stratégie de réponse. Celle-ci sera cinglante. Mais je me contente dans un premier temps d’une simple comparaison avec le secret qui s’applique lors de l’entretien d’embauche d’une femme concernant son éventuelle prégnance.
Je voulais absolument conserver la réflexion que vous avez lu ci-dessus dans le cas d’une réponse de cette malotrue qui me répondait. Histoire de pouvoir la casser en deux une bonne fois pour toute.
Face au mépris la colère s’élève
Mais rien ne vînt. Alors là j’ai pété un câble. Je me suis à la traiter de tous les noms : « Non mais c’est qui cette [censuré] qui se permet de dire qu’elle n’est pas d’accord et après qu’on lui répond se casse, sans dire si elle avait changé d’avis ou pas (je ne vous met ici que la version light parce qu’au niveau grossièretés c’était beaucoup plus méchant).
Mais j’avais commis une erreur et vous la connaissez déjà. J’ignorais que
Le doute s’installe. L’embarras le suit.
Lundi 03 décembre 2007. Je me réveille et je regarde LeBuzz devenu quotidien pour moi aussi.
Je poste un commentaire. Là encore
Le doute commence à m’assaillir. Et je comprends en allant jeter un coup d’œil au profil de
Quel con ! Pour défendre mes propres idées, certes des idées qui me sont chères, j’ai trashé quelqu’un dont j’avais besoin à titre pro. Quel âne je fais !
Bref, l’embarras avait pris la place de la colère.
Mais la plus grande surprise était à venir.
Mardi 04 décembre 2007. Je rentre de ma distribution matinale, cassé d’avoir arpenté les rues de l’agglomération pendant quatre heures dans le froid et la neige. Je regarde mon Mobuzz pour me détendre. Le show du jour est vraiment sympa. Ca me détend et me remonte un peu le moral passablement en berne.
Et là, je prends une claque.
« Je remercie beaucoup Titou pour le débat soulevé sur le passeport Safe Sex. C’est toujours super intéressant de recevoir votre opinion et ça m’a fait pas mal réfléchir sur le sujet. »
En deux phrases de conclusion de son show, Osiris m’a mise à terre (heureusement j’étais assis). J’avais eu tort. Non, ce n’était pas une « pauvre conne malpolie » qui m’avait répondu. Mais quelqu’un qui avait réfléchi et n’hésitait pas à faire preuve d’une étonnante humilité en reconnaissant avoir fait évolué son opinion et ce publiquement dans un show qu’elle dirige.
Je sais que je ne l’aurais jamais fait moi-même si les rôles avaient été inversés. Ma mauvaise foi naturelle et ma toute aussi naturelle absence d’humilité m’en aurait empêché.
Voilà comment on fait naître le respect chez un opiniâtre. Il suffit de lui montrer qu’on est meilleur que lui. C’est ce qu’a fait Osiris.
Je m’étais fait juge des propos tenus sur Mobuzz. Et un juge est plus et moins qu’un homme ; il est moins qu’un homme car il n’a pas de cœur ; mais il est plus qu’un homme car il a le glaive. Mais j’avais oublié les pages précédentes et j’avais oublié qu’au-dessus de l’absolu révolutionnaire, il y a l’absolu humain.
J’avais fait preuve de justice, Osiris d’humanité. Elle avait gagné.
La victoire de
Il va sans dire que c’est ce jour-là que ma relation à Mobuzz a changé.
Blutch avait raison
Profondément embarrassé, j’ai fini après quelques minutes par poster un commentaire de remerciements. Et par appeler mon collègue.
Osiris confirme aussitôt sa gentillesse en faisant une petite blague qui vient sceller son indiscutable victoire.
J’y répondrais par un ultime commentaire annonçant les suivants : C’était dit ! Désormais je regarderais Mobuzz pour mon seul plaisir et parce que j’aime le show, abandonnant par la même mes projets initiaux.
Un échec donc.
Mais comme l’aurait dit le caporal Blutch au sergent Chesterfield, « savez-vous, mon gras sergent, que dans certains cas, rater un examen est le plus grand bonheur qui puisse arriver ? »
J’ai raté mon examen. C’est mon plus grand bonheur !
2 commentaires »
Ouais je sais, j’écris à la vitesse de Buzz l’éclair - lol.
mars 11, 2008 @ 22:25
Vraiment sympa cette suite de billets … on dirait un ensemble de “petites nouvelles” … mais avec une fréquence de publication ultra rapide.