[Mobuzz spéciale] Madrid, le temps s’arrête Part II
L’avion ne reflète pas
Après un pénible voyage en train (foutue rentrée scolaire qui remplit les trains de jeunes lycéens surexcités après de longues journées de ski), j’embarque enfin à bord d’un vol Iberia.
L’engin est redoutable. Un vieux McDouglas usé. Je n’avais pas payé cher mon billet, j’allais savoir pourquoi.
J’adore les avions. Je m’arrête souvent pour les regarder dans le ciel. Rien ne me fait plus plaisir que de ralentir sur l’autoroute pour regarder les petits planeurs et autres biréacteurs qui s’élèvent de l’aérodrome voisin. Souvent je m’imagine aux commandes de l’un d’eux, rêvant survoler les vallées, m’enfoncer dans les gorges et survoler les lacs majestueux.
Mais là, le pilote n’était pas aussi bon que le Titou de mes rêves. C’est je crois la première fois que je vois un pilote ralentir au moment délicieux du décollage quand l’avion tressaute, ses roues hésitant entre rester au sol et prendre leur envol. Et je n’ai jamais vu de pilote accélérer au moment de l’atterrissage quand les mêmes roues s’écrasent dans une lourde complainte, complainte d’un homme sortant d’un rêve magnifique se réveillant au petit matin et réalisant que le rêve n’était qu’une trêve dans la dure réalité d’une vie insensée.
Le vol lui-même fût un calvaire. Trois enfants. Seuls. Sur le siège de derrière. Sommeil impossible malgré le manque de sommeil accumulé les trois nuits précédentes. Mais les enfants détiennent l’art insondable de savoir se faire pardonner. L’un d’eux appelant son père, m’informe que nous allons atterrir. J’ai la chance d’être assis à côté du hublot. Je verrais Madrid d’en haut.
Et comprendre que la désillusion qui s’annonçait (ce pays serait-il si pauvre pour ne pas pouvoir avoir d’avions et de pilotes dignes de ce nom ?) allait s’avérer illusion. Un peu perdu. Personne ne parle français. Pas même les hôtesses les plus expérimentées. Je ne sais pas comment rejoindre le centre de Madrid. De toute façon, il faut que je récupère mes bagages.
Le couple de personnes âgées assises à côté de moi durant tout le voyage m’approche. Le vieil homme, la stature sereine et droite se met à me parler. Il a senti mon désarroi et s’adresse à moi en français. Il fait d’innombrables efforts en français, parfois en anglais et espagnol pour m’expliquer comment me rendre dans le centre, quoi voir à Madrid et me souhaiter la bienvenue. Nous allons récupérer nos bagages ensemble. Mais ceux-ci tardent à venir.
L’aéroport est magnifique. Décidément plus je voyage et plus j’ai honte de Charles De Gaulle. Les gens aussi. Le vieil homme continue de me parler et me raconte des tonnes d’histoires sur les aéroports du monde entier. Cet homme a manifestement beaucoup voyagé. Il m’explique un peu l’histoire et la vie de Barajas. Je suis fasciné. IL doit s’absenter. Sa femme prend le relais. Elle ne parle pas français. Mais je sens son irrépréhensible envie de partager sa passion de son pays. Elle me parle, je l’écoute. Et je comprends un peu plus le pays où j’ai mis les pieds.
Les avions y sont pourris, mais
Je peux enfin sortir de l’aéroport, serein. Ce séjour se passera bien.